vendredi 28 août 2009

ÇA VOLE HAUT UN CERF-VOLANT...

On a dormi. On s'est levé. On a mangé. Et on est allé à la plage. C'est pas les vacances, ça? Fait ni chaud ni froid, le vent fait son boulot. Il se charge de tempérer.

Ce que j'ai fait? Rien,. J'ai posé mon cul dans le sable et j'ai regardé fiston faire voler son cerf-volant avec, dessus, une tête de mort, emblême des pirates. J'suis resté là un bon moment sans bouger, à me déplacer d'une fesse à l'autre, à observer les gens, les baleines échouées, les enfants...

Ça monte vachement haut un cerf-volant, j'avais jamais vraiment fait attention. 

 Et, las de voir mes semblables s'agiter, je me suis décidé à ouvrir le roman de Dany. Il me l'a offert au moment de sa dernière chronique estivale à «C'est bien meilleur le matin». 

Je vais m'ennuyer de Dany, de ses collaborations à «Je l'ai vu à la radio», de ses indignations, de sa façon de toujours parler de Borgès, de ses réflexions identitaires, de ses critiques impressionistes.

Or, l'écrivain doit de temps en temps savoir quitter la table des médias pour voir le monde, penser, rêver. Je le comprends.

Je m'ennuie déjà de mon frère. Alors, quand je m'ennuie trop, je le cherche et le trouve dans ses livres.

Celui que je viens d'ouvrir et qui ne paraîtra que dans quelques jours, ce bouquin au titre et au traitement parfois graves, nous présente l'homme accompli qui parle de son père mort dans la solitude  new-yorkaise, une solitude qui se vit  seulement dans les grandes villes. 

Dany qui a toujours écrit sur les femmes de sa vie, sur sa mère, sur sa grand-mère, sur celles qu'il a aimées, le voici qu'il parle  de celui qui, un jour, alors qu'il était encore petit,  est parti. Le voici qu'il parle de l'absence. 

Les premières lignes donnent le ton:

La nouvelle coupe la nuit en deux.
L'appel téléphonique fatal
que tout homme d'âge mûr
reçoit un jour.
Mon père vient de mourir.

Il ne fallait que cela, ces quelques mots, guère plus. Sur le bord de cette mer froide, l'hameçon a traversé ma tête et mon coeur.

Et on suit le héros pas à pas, ce héros qu'on sait être lui. Il parcourt la route de l'exil, celle  de ce père journaliste, qui a fui un système, quitté famille, patrie et son île, pour une terre peu désirée et que tant d'autres ont tant qualifié de rêve américain. On a les rêves qu'on veut et la vie qu'on peut. Ce n'est pas de cela quil rêvait, Windsor. Et il est mort, tout seul, dans un appartement de Brooklyn.

Cette mort du père, il faut bien aussi l'annoncer à la  mère, mais cette fois, la nouvelle ne déchirera pas la nuit. Le personnage ira la porter, même mauvaise,  jusqu'à elle, profitant de l'occasion et de l'acuité que procure le deuil, pour autopsier Port-au-Prince.

Cet énigme du retour, c'est Laferrière, tout Laferrière, encore Laferrière; le Laferrière qui a lu Césaire à 15 ans; Le Laferrière qui marche, doucement, mais qui marche toujours. Le Laferrière de l'identité. Le Laferrière badin. Le Laferrière écrivain.

La glace brûle
plus profondément
que le feu
mais l'herbe se souvient
de la caresse du soleil

Les mots de Dany, finalement, vole plus haut que tous les cerf-volants...










3 commentaires:

Anonyme a dit…

ennuyant pas lu au acomplet aucun interet ...

DIANE a dit…

Maudit que vous écrivez bien! J' apprécie tellement votre sensibilité!
Merci pour votre blogue.

Anonyme a dit…

Monsieur Nuovo,
J'ai découvert votre blog par hasard et je sens le besoin de vous dire que vous êtes un être génial. Vous lire est un cadeau car vous maîtrisez la plume d'une manière remarquable. Vous êtes le Ricardo des mots!!!
J'ai ajouté votre blog dans mes "Favoris" parce que vous êtes mon "Favori" ;-)
Bravo!
Denise Morency