jeudi 23 avril 2009

Devine qui vient dîner?

Version revue et corrigée.... Un député adéquiste est invité à dîner dans la famille très libérale de la vice-première ministre très libérale elle-aussi.
 
Ô stupéfaction !

Cette fois ça fait la Une des journaux. On en parle sur les blogues. Les éditorialistes commentent. Les courriéristes du coeur trépignent. 
Comment? Un noire avec ma fille blanche? 

Non, non, non. Merde je me suis trompé de film.

Non c'est pas ça.  Ici pas de Spencer Tracy, ni de Katharine Hepburn ni de Sydney Poitier.

Non, ici une vice-première ministre rouge présente son chum bleu et rouge à la grande famille Québécoise.  

 Contre l'amour, on ne peut rien faire.

C'est-y pas beau ça?

Le mouchard et la pute

Disons, mettons que je sois un Hells et que pour 2,9 millions de beaux dollars, j'accepte de balancer d'autres truands...
Bah! Arrêtez, je sais que ça vous emmerde. En plus, cyniques, vous vous demandez si l'indic paie de l'impôt sur la somme. Et je sais aussi que c'est l'argent qui vous dérange. Pas le fait que des  criminels vont se faire harponner (ce dont on se réjouit bien sûr), mais bien parce qu'il y a quelque chose d'immoral dans le caractère intéressé de l'échange. Ça fait pute, même quand on est un tueur

Ben! C'est ça la délation: stooler par intérêt. On est loin de l'éthique, là.

Judas, tiens, le plus célèbre d'entre tous. Il s'en trouverait pour justifier son acte, à Iscariote. 

Et pendant la guerre, la deuxième, longtemps plus tard, l'Allemagne nazie n'obligeait-elle pas  et n'encourageait-elle pas  la dénonciation de tous les Judas à étoile jaune.

 Et le maccarthysme qui en a fait un outil inquisitiore. 

Pis y en avait avant, pis après, pis y en aura encore et on trouve et on trouvera toujours une justification à la délation qu'on se garde bien  d'associer à l'opportunisme humain. Et pourtant c'est bien de celà qu'il s'agit: de pur opportunisme.

Or, voilà le noeud: l'opportunisme, la vénalité, le profit sous tout ses visages. Rien de noble là-dedans, même si on tente de nus le faire croire.

Pour ça que la délation, tournez-la comme vous voulez, est subversive voire immorale. Parce que c'est l'acte d'un traître et, une fois érigée en système, on tombe dans la manipulation des esprits.
C'est pas compliqué, il me semble.

 Petit, à l'école, quand un gamin balance, on le traite déjà de  mouchard, de panier percé.
Sont pas aimés les paniers percés, sont humains, bien sûr, mais pas aimés ni petits ni grands. Yeark!

On a beau jouer sur les mots, faire de la sémantique, y trouver des qualités systémiques, évoquer l'éthique,  prendre un nom anglais.

 Beau, hein, whistleblower? Trou-du-cul aussi ça sonne bien.


mardi 21 avril 2009

Ça viendra...

Pas le temps aujourd'hui, mais j'ai bien une ou deux choses à dire sur la dénonciation...oups! la ligne d'éthique...oups! la délation!
J'y réfléchis et j'y reviens. 

Je me demande quand même ce que pensaient, à leur époque respective, les gais de l'Italie mussolinienne, ou peut-être les porteurs de l'étoile jaune, ou encore les anti-staliniens ?
 Affaire de culture, probablement.
J'y reviens, vous dis-je. 

-Dring- dring...M'sieur le maire, y a quelqu'un pour vous au téléphone. L'homme au bout du fil prétend n'obéir qu'à des mobiles nobles et élevés. Il veut vous parler au nom du bien public et de la morale qu'il protège.

-Merci, ma bonne Marie, dites que je suis occupé et prenez les noms en note.

Vive les citoyens vertueux!

lundi 20 avril 2009

Je me souviens

Ce matin, monsieur Bruno G. m'a rappelé ce que j'ai déjà écrit  sur les blogueurs. C'était dans une autre vie, en 2006, Mon employeur d'alors m'avait proposé de me mettre au goût technologique du jour et de pondre un blogue. Moi, blogueur. Hi! hi! 

J'écrivais déjà cinq chroniques/semaine. Sérieusement, je n'aurais rien eu de plus à dire. C'eut été de la redite ou du vide et j'aurais inévitablement affaibli le travail que j'effectuais déjà en tant que journaliste. J'en étais convaincu.  Et il y a des limites à toujours avoir une opinion ou quelque chose à dire. 

J'ai donc décliné l'offre de mon patron et expliqué dans un papier intitulé «le blogue quossa donne?» à quel point, en ce qui me concernait, ce travail était inutile.  

Bon, O.K., j'ai beurré épais et j'y suis allé peut-être un peu fort. J'écrivais alors: «je trouve les blogues en général plutôt banals souvent sans rigueur, et rédigés dans la plupart des cas dans une langue plutôt paresseuse...»

Or, je ne faisais pas que cracher à la gueule des blogueurs, j'ai aussi cité un journaliste européen qui s'était lui-même intéressé à la question. Voilà en gros ce qu'il écrivait ce Philippe Baraud dans un texte intitulé «Bloghorrée saisonnière», titre que je trouvais par ailleurs amusant. Voilà donc:

«le blogue a même des effets pervers chez les professionnels. On voit des chroniqueurs de talent négliger ce qu'ils faisaient bien avant pour se consacrer à l'alimentation d'un blogue de peu d'intérêt fait de petites choses qui remplissent nos vies et ennuient les autres. Ce qui montre que tout le travail d'écriture exige une discipline rigoureuse et qu'à l'inverse, le blogue ne débouche neuf fois sur dix que sur des textes médiocres, bâclés, non indispensables».

Or, ce Baraud me donnait alors tous les arguments pour ne pas faire en double et moins bien le boulot que j'abattais déjà.

Alors, pourquoi m'y suis-je mis aujourd'hui? 

Au fait, monsieur G. qui n'est jamais en manque d'argument m'a fait parvenir nombre de réactions à ma position d'alors. Évidemment, certains me passent au batte, d'autres réclament une trêve entre journalistes et blogueurs (comme si c'était la guerre) , on me traite de tous les noms, voire on m'accuse de mettre en cause la raison d'être d'exister (des blogueurs) ne serait-ce que virtuellement, bla, bla, bla...


Alors, pourquoi m'y suis-je mis?

Parce que je n'écris plus dans un journal, bordel. Vous le savez bien. Parce que je n'écris plus depuis un moment et que finalement, imaginez-vous don', ça s'est mis à me démanger. D'abord en dedans. Là, oui, là. Et puis, les doigts qui me servaient depuis toujours à me gratouiller se sont mis à me chatouiller. Simple, non? 

Alors, j'essaie.  J'essaie de renouer avec les mots. Je me lance sans scaphandre ni câble d'alimentation dans  le cyberespace.  Rien d'héroïque, me direz-vous. Des millions de blogueurs font ça tous les jours. Or, voilà, moi je ne suis pas «des millions», je suis tout seul, et je ne sais pas flotter. Faut que j'apprenne. 

Merde! Ce n'est vraiment pas de ça que j'avais envie de causer.

Je voulais parler des vieux. Oui, des vieux qui ne le sont pas. Des vieux vert. Des vieux droits comme des i. Des vieux comme Aznavour, 85 ans,  qui  recevait hier un doctorat honorifique des mains de Charlebois. Hum! Des vieux comme Vigneault, 80. Des vieux comme Guy Rocher qui célébrait, le 20 avril, ses 85 ans. Des vieux comme Armand Vaillancourt, 80 lui-aussi en septembre prochain.
Je pourrais aussi nommer des vieilles qui me fascinent. Y en a beaucoup. Or, ma maman m'a bien appris qu'on ne faisait  jamais allusion à l'âge des dames...


 

dimanche 19 avril 2009

une oie blanche...encore

Un mot, juste un ou deux sur ce bouquin regroupant de courts textes blogués par Josée Blanchette.



J'ai du plaisir a la lire. Dans le Devoir, bien sûr, mais aussi ces courts textes publiés.



Simple, joli, touchant par moment. Elle écrit bien cette foutue oie blanche qui ne croit plus ni à son genre ni à sa couleur ni à sa longévité.

 Ces textes même courts sont porteurs; la lire c'est doux, c'est comme voguer sur l'eau. Elle parvient à trouver par moment l'équilibre parfait entre le vent, l'esquif et la mer, cet équilibre qui donne l'impression de pouvoir glisser à jamais .

J'aime son éclairage des choses par effet stylistique, son impudeur quand elle parle de ses amis, de son petit, de son ex, du suicide de son papa...Faut quoi? Du courage? Peut-être.

Et ces textes inédits, cette chanson en devenir, l'ode à la queue. J'aime cette fille, son nombril, sa plume...son esprit surtout.

Ah! la musique!

L'autre jour, Béatrice est arrivée à la maison avec cette phrase. 

Béatrice comme toutes les« bonnes petites filles» apprend le piano. Elle avait fait l'apprentissage d'un nouveau morceau signée par un compositeur que, de toute évidence, elle ne connaissait pas encore.

Alors, cette phrase?

Voilà, j'y arrive:


-Maman, j'ai appris un nouveau morceau. C'est beau, hein, «Bache»? (Bach) 


Oui, c'est beau «Bache». 

samedi 18 avril 2009

les mort-vivants

Elle a eu 86 ans, hier. Fallait que j'y aille. Je dis «fallait» parce que j'ai peur, parce que j'ai mal, parce que je préfèrerais qu'elle soit...ou qu'elle ne soit plus.  J'peux pas dire ça, hein? Et pourtant!
Les trois étages m'ont semblé une montagne, l'Everest à gravir, sans camp de base, sans relais, sans sherpas. L'Everest à gagner sans oxygène ni assistance. 
Enfin,  le troisième étage. Dans la salle commune, elle n'y était pas. Il n'y avait que des jeunes vieux qui, à côté d'elle, ont l'air d'enfants en train de festoyer, vifs, éveillés, regardant, scrutant qui peut bien oser entrer dans leur enclos de l'oubli.
Mais déjà, l'oeil est hagard. La route vers le vide est toute tracée et ils l'ont tous, sans exception, empruntée; empruntée sans aucun espoir de pouvoir la rendre.
Mamina était dans sa chambre, dans sa prison à fenêtre et à porte ouvertes, enchaînée à sa chaise, en contention. Comme si elle pouvait s'évader...
Elle avait les yeux collés par l'infection.  Une infection venue d'où? Qu'est-ce que j'en sais? Il y avait du pus, jaune, dégueulasse. Son oeil droit n'était plus le même. La couleur avait pâli. Le noir de son regard sicilien s'était délavé. Si au moins elle pouvait parler.
Mamina,   était affalée dans son fauteuil à roulettes. Je suis entré. Elle n'a même pas  levé la tête. J'ai dit son nom, doucement, elle n'a pas bougé. 
Je ne la reconnais plus. Ce n'est plus elle. depuis longtemps, ce n'est plus elle. C'est la mort qui sommeille.
J'ai eu la nausée.
Puis l'idée m'est venue de lui faire entendre une chanson, une chanson italienne qu'elle connaissait bien. Je l'ai retrouvée sur le net. L'histoire  d'un fils qui a quitté sa terre pour l'Amérique et qui supplie la lune, oui, la lune américaine pour qu'elle porte un message à sa maman délaissée, un message d'espoir, d'amour, pour qu'elle lui fasse croire que tout va bien. Il demande à la lune américaine de mentir pour que sa mamma soit , un instant, heureuse, pour qu'elle ressente, un moment seulement, du plaisir.
Dès les premiers accords, Mamina s'est agitée. Enfin, pas tout à fait, disons qu'elle a été troublée. Elle s'est mise à bouger nerveusement; une main d'abord, et puis l'autre. Elle a essayé d'ouvrir les yeux, un oeil en fait. l'autre résistait. Ses pieds aussi se sont déplacés comme autrefois quand, à la manufacture, repliée sur elle-même, elle activait la machine à coudre.
J'avais juste envie de pleurer, de pleurer et de vomir.
Plus de 15 ans que ça dure. C'est pas une vie. Non, pas une vie. La mort avec juste un petit souffle pour prolonger l'attente, la souffrance. Un frein à la libération ultime.
Tout ça, à cause d'un corps abandonné par une mémoire envollée.
Sti! Qu'est-ce qu'il disait don'? Libérez-la du mal. Ben oui, libérez-la don'!